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A la recherche de ponts

Le mot du président d’AvenirSocial pour la nouvelle année


«…Constater la cécité des humains devant la progression de l’histoire. Et voir que, indissolublement, toutes choses sont liées. Croire que, lentement, lentement mais sûrement, la raison humaine grandit, entre la dernière glaciation et celle qui nous attend.» (Lion Feuchtwanger, Die Füchse im Weinberg)

Chères et chers collègues, ami-e-s, socionautes,


En considérant l’année qui s’achève, on cherche souvent à se projeter dans l’avenir et à tenter d’expliquer le passé. Avons-nous bien gardé les pieds sur terre? Etait-ce mauvais? Sera-ce mieux?
En se souvenant de notre voyage dans le temps et dans l’espace, on peut à certains moments – dans des instants de calme, de concentration et d’attention – percevoir la rotation du globe terrestre: la minceur de la croûte qui nous soutient, la gravitation qui maintient le tout, le continuum du changement. Nous percevons alors les étoiles, la lumière, l’infini et la relativité du temps?…
Et voilà que nous ne savons plus exactement où se trouvent les limites entre notre fantaisie et les réalités données par les lois de la nature.


Les humains sont des acteurs

Nous autres humains sommes parfaits et parfois un peu fous, souvent étrangers à nous-mêmes. Nous produisons sans répit notre propre théâtre personnel, notre propre univers, illusions comprises. Dans le tournoiement des programmes, des décors et des actions, nous allons bien au-delà de ce que propose n’importe quel cinéma multiplexe. Nos esprits rêveurs, champions de l’interprétation, de la modélisation et de la construction, nous permettent d’intégrer les expériences faites et de les dépasser, en transcendant ainsi ce que nous vivons au quotidien. Dans certains cas, la prise en compte de notre fantaisie personnelle permet de générer de nouvelles idées et des impulsions pour notre espace de vie, par la force de la créativité. Cela peut concerner l’évolution positive de nos partenariats et de nos amitiés, ainsi que nos relations professionnelles, sans oublier nos engagements et nos projets de vie. Nos jeux oniriques et nos théâtres collectifs sont à la base de notre joie de vivre et de notre créativité; il faut néanmoins être conscient qu’ils peuvent également être à l’origine de nos drames.

Le travail social – une recherche

Pris dans une certaine ivresse de nos propres fantaisies, veillons à ne pas ignorer ou nier les propres frontières et lois personnelles de notre interlocuteur, ni les conditions et règles collectives. Reconnaissons les bases de la pensée et de l’action humaines, et soyons conscients de notre implication dans la transition des générations et dans l’environnement naturel, de même que dans les processus décisionnels politiques et économiques. Si nous ignorons ces réalités, nous mettons en jeu et en danger aussi bien l’évolution de nos relations que la qualité de notre propre futur.
Des tensions, conflits, drames et déchirures apparaîtront si nous agissons de manière irréfléchie. Ainsi, nous devons éviter de déléguer à la religion et à la science la responsabilité éthique et la maîtrise des connaissances. L’apparition de telles tensions menace également si nous renonçons à l’analyse de processus complexes en privilégiant trop des facteurs tels que la subjectivité, la subsidiarité, la famille ou la nation. Il serait également faux de renvoyer vers les professionnels du travail social tous les perdants et toutes les personnes ayant des difficultés d’adaptation. Si nous laissons de tels conflits et déchirures se développer, ni le travail social ni une économie prospère ne pourront réparer les pots cassés.
Nous autres, les humains, ne sommes pas uniquement des constructeurs et des êtres prêts à aider. Nous déconstruisons sans cesse et nécessairement une partie de notre histoire, une partie de nos compromis et de nos institutions. Les solutions et réponses trouvées à un moment donné sont en effet soumises à un débat continuel, public et privé; leur légitimité n’est pas éternelle.
En tant qu’êtres humains, liés à notre propre subjectivité, dépendants de la reconnaissance et des rencontres au quotidien, recherchant la sécurité d’une communauté, nous tentons de rassembler les pièces d’une grande mosaïque, pour reconstituer une image cohérente et génératrice de sens. Il ne peut s’agir d’un puzzle bien défini, enfermé dans un cadre délimité. Il y aura toujours une recherche des couleurs les mieux adaptées, de petits détails insignifiants, et d’une colle ou d’un ciment susceptibles de tout rassembler.
Le travail social, profession des droits humains, recherche des liens et des ponts, tout en étant conscient des ruptures et des déchirures, pour aller vers un futur humain.

Notre mandat au sein d’une profession des droits humains

Le travail social exige une recherche constante et non bornée. Notre profession doit en effet intégrer des processus touchant à la relation entre sujet individuel et collectif et à l’interdépendance des individus. Nous devons également agir en fonction de standards internationaux relatifs aux droits humains, aux droits sociaux et aux droit des citoyens. Finalement, le travail social est tenu de rechercher constamment des connaissances pour l’explication et l’action, dans un monde complexe et multipolaire.
L’une de nos tâches principales reste la suivante: s’allier à la communauté mondiale dans sa volonté de façonner un visage humain au monde. Il s’agit là d’un combat pour des valeurs éthiques fondamentales, pour la reconnaissance et l’acceptation de projets divergents ainsi que pour la justice en ce qui concerne une meilleure répartition des ressources et des richesses. C’est une lutte politique, et nous nous devons d’être résolument aux côtés des plus faibles, des plus pauvres et des victimes de la modernisation. Sa force spirituelle (loin de toutes positions théoriques et méthodologiques) vient du désir et de l’espoir d’un monde où la violence et la domination seront remplacées par une attitude de responsabilité en faveur de tous les humains.

Markus Jasinski, président AvenirSocial